A Gilles
En mémoire à ces 40 ans d’amitié
Il est des paroles que l’on espère ne jamais avoir à prononcer. Aujourd’hui, je suis ici pour dire adieu à un ami. Un ami de quarante ans. Quarante années de vie partagée, de souvenirs accumulés, de rires, de conversations, de projets, parfois de silences. Quarante ans, c’est une partie d’une vie. C’est assez long pour voir les cheveux blanchir, les enfants grandir, les chemins se séparer parfois, puis se retrouver. C’est assez long pour qu’un ami devienne une partie de vous-même.
Quand on perd un ami après tant d’années, on ne perd pas seulement une personne. On perd un témoin de sa propre histoire. Il connaissait celui que j’étais, celui que je suis devenu, et même celui que j’aurais voulu être. Il emporte avec lui une part de notre mémoire commune.
Nous avons partagé tant de moments qu’il serait impossible de tous les raconter. Il y a eu les jours heureux, les réussites, les fêtes, ta rencontre avec Elodie, la naissance de vos enfants, et ce moment où vous m’avez demandé de devenir votre témoin de mariage (un honneur immense). Et nos discussions interminables où l’on refaisait le monde et surtout la science. Il y a eu aussi les moments difficiles, ceux où la vie nous éprouve, où l’on découvre ce que signifie vraiment l’amitié : être présent sans bruit, sans calcul, sans attente.
Ce qui me revient aujourd’hui, ce ne sont pas seulement les grands événements. Ce sont les détails. Une manière de sourire, une phrase qu’il répétait, une habitude, un regard complice et ce dernier réveillon du nouvel an en décembre 2025 à la maison. Car ce sont souvent les choses les plus simples qui deviennent les plus précieuses lorsque quelqu’un s’en va.
À 63 ans, partir semble toujours trop tôt. On pense à tout ce qui restait à vivre, aux projets encore possibles, aux repas à partager, aux appels que l’on croyait pouvoir remettre à demain. La mort nous rappelle brutalement que le temps n’est jamais acquis.
Mais je ne voudrais pas que ce moment ne soit qu’un moment de tristesse. Je voudrais aussi qu’il soit un moment de gratitude.
Merci pour ton amitié. Merci pour ta fidélité. Merci pour les éclats de rire. Merci pour les désaccords aussi, parce qu’ils faisaient partie de notre vérité. Merci d’avoir été là, tout simplement.
Antoine de Saint-Exupéry écrivait : « Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. » Pendant quarante ans, nous avons apprivoisé nos vies respectives. Nous avons construit un lien que le temps a renforcé. Ce lien, la mort ne peut pas l’effacer.
Un autre texte dit : « La mort n’est rien. Je suis seulement passé dans la pièce à côté. Ce que nous étions les uns pour les autres, nous le sommes toujours. » J’aime croire que cela est vrai. Parce que ce que nous avons vécu ensemble ne disparaît pas aujourd’hui. Cela demeure en chacun de nous.
Victor Hugo, dans un poème écrit pour sa fille disparue, disait qu’il irait déposer sur sa tombe un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur. Ce geste symbolise la fidélité. Aujourd’hui, chacun de nous dépose quelque chose : un souvenir, une parole, une reconnaissance, une affection.
Je voudrais m’adresser une dernière fois à toi.
Mon ami, nous ne pourrons plus ajouter de nouveaux souvenirs aux anciens. Mais personne ne pourra nous enlever ceux que nous avons déjà vécus. Tu resteras présent dans nos conversations, dans nos pensées, dans certains lieux, certaines musiques, certains gestes. Il y aura toujours un moment où quelqu’un dira : « Tu te souviens de lui ? » Et alors, pendant quelques instants, tu seras de nouveau parmi nous.
Les années passent, les êtres s’en vont, mais l’amitié véritable laisse une empreinte que le temps n’efface pas.
Nous te disons adieu aujourd’hui avec une immense peine. Mais nous te disons aussi merci.
Merci pour ces quarante ans.
Repose en paix, mon ami. Tu nous manqueras profondément, mais tu continueras de vivre dans nos mémoires et dans nos cœurs.
Pascal
St-Fargeau P.
Le 06/08/2026